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Santé
Presque la moitié des ados en prédiabète !
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Santé
Presque la moitié des ados en prédiabète !
De retour de Grande-Bretagne, où il avait rencontré le professeur Derek Yellon du Hatter Institute (University College London), le Premier ministre Navin Ramgoolam a donné l’impulsion à la Conférence internationale sur la crise des maladies cardiaques, rénales et métaboliques.
Étant aux Seychelles pour la prestation de serment du président Patrick Herminie, le Premier ministre n'a pu prononcer son discours sur la question mais il n’a pas manqué de réagir aux conclusions alarmantes de la conférence.
«Après les mesures que j’avais prises pour contrer la progression du diabète dès 2005, l’ancien régime a laissé empirer la situation. Nous avons cette fois-ci tiré la sonnette d’alarme et pris des mesures pour taxer les produits sucrés», a-t-il déclaré à l'express.
Un constat sans appel : près d’un adolescent mauricien sur deux présente un prédiabète, selon l’étude dévoilée par le Dr Keyvoobalan Pauvaday lors de la conférence.
«Si nous n’agissons pas maintenant, nous risquons de voir une génération où les parents ne survivront pas à leurs enfants.»
L’heure n’est plus aux discours : Maurice fait face à une bombe sanitaire à retardement.

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Dr Deyvoobalan Pauvaday : «Si nous n’agissons pas, une génération pourrait voir ses parents survivre à leurs enfants»
Dr Keyvoobalan Pauvaday
Lors de l’organisation de la Conférence internationale sur la crise des maladies cardiaques, rénales et métaboliques, en collaboration avec les éminents Pr Yellon et Pr Walker de l’Hatter Institute (University College London, Royaume-Uni), le Dr Keyvoobalan Pauvaday, conseiller au ministère de la Santé, a choqué plus d’un par rapport à un chiffre méconnu…
■ Lors de votre présentation, vous avez révélé une statistique choquante : 44 % des adolescents mauriciens sont atteints de prédiabète, selon une étude de 2022. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Effectivement. Dans le cadre de l’Enquête sur la nutrition à Maurice en 2022, le taux d’hémoglobine glyquée (HbA1c) a été mesuré chez 520 jeunes âgés de 12 à 19 ans. Les résultats sont alarmants : 43,8 % des garçons et 44,3 % des filles présentaient un prédiabète. À titre de comparaison, en Inde, une enquête de 2021 rapportait 12,3 % des garçons et 8,4 % des filles atteints de prédiabète dans la même tranche d’âge. À ma connaissance, aucun autre pays au monde ne présente de taux aussi élevés.
■Qu’a-t-on fait depuis cette découverte alarmante ?
Malheureusement, à ma connaissance, cette donnée n’a pas été suffisamment médiatisée ni exploitée, malgré son importance majeure pour la santé publique.
■Qu’est-ce que le prédiabète exactement ?
Le prédiabète correspond à un taux de sucre dans le sang supérieur à la normale, sans atteindre le seuil du diabète. C’est une étape critique, durant laquelle une intervention rapide peut encore inverser l’évolution de la maladie.
■Faut-il s’en inquiéter ?
Assurément. Une étude de l’Organisation mondiale de la santé menée à Maurice en 1999 a montré que 80,5 % des personnes prédiabétiques développent un diabète dans les cinq ans. Le prédiabète est également lié à des décès prématurés, à des maladies cardiaques, à des accidents vasculaires cérébraux (AVC), et à des atteintes microvasculaires touchant les yeux, les reins et les nerfs, pouvant aussi entraîner l’impuissance. Il est, par ailleurs, associé à une augmentation de 15 % du risque global de cancer.
■ Combien de Mauriciens sont concernés ?
On estime qu’environ 150 000 personnes vivent avec un prédiabète et 220 000 avec un diabète à Maurice.
■ Comment qualifieriez-vous la crise actuelle ?
L’humanité fait face à une pandémie silencieuse : celle du prédiabète et du diabète. À Maurice, ces pathologies touchent des individus de plus en plus jeunes. Si nous n’agissons pas rapidement, nous pourrions être la première génération de parents à survivre à nos enfants. Nos hôpitaux accueillent déjà des jeunes victimes d’infarctus. Selon le rapport 2025 de la Fédération internationale du diabète, plus d’un milliard de personnes vivent avec le prédiabète et le diabète dans le monde, provoquant un décès toutes les neuf secondes. Le coût mondial dépasse USD 1 000 milliards et Maurice y consacre déjà plus de Rs 6,6 milliards chaque année.
■Que faut-il changer ?
Nous devons réinventer nos stratégies. Les campagnes de sensibilisation actuelles sont désuètes. Il faut investir les plateformes numériques et les réseaux sociaux pour toucher surtout les jeunes. Il convient d’impliquer des influenceurs et des modèles de la société, et de former notre personnel aux techniques d’entretien motivationnel. Un programme structuré d’éducation sanitaire doit être intégré dès la maternelle jusqu’au secondaire. Nous devons introduire un étiquetage nutritionnel clair (type feu tricolore), réglementer la publicité des produits malsains et limiter leur accès dans les lieux publics. L’État pourrait taxer les produits nocifs et subventionner les aliments sains. Enfin, il faut une approche multisectorielle pour agir sur les déterminants sociaux des maladies non transmissibles et encourager l’activité physique – par exemple, en ouvrant davantage les stades au public.
■ Les industries de restauration rapide résisteront probablement. Comment surmonter ces obstacles ?
Il faut du courage politique. En 2006, nous avons connu la même résistance lors de la réglementation des cantines scolaires – et pourtant, nous avons réussi. Nous devons à nouveau faire preuve de la même détermination.
■ Les programmes de dépistage existants sont-ils efficaces ?
Nos équipes travaillent avec dévouement, mais le protocole actuel, conçu il y a plus de dix ans, n’est plus adapté. De nombreux cas de prédiabète et de diabète précoce passent inaperçus. Les protocoles de prise en charge doivent être actualisés. Les personnes prédiabétiques devraient être suivies dans des cliniques de prévention et certains patients diabétiques orientés vers des programmes de rémission ou de réversion du diabète. Nous avons trop longtemps stagné. Il est temps d’avancer.
■ Quel message simple souhaitez-vous adresser à la population ?
Chaque Mauricien devrait vivre et s’alimenter comme s’il était déjà diabétique. Réduisons nos portions, diminuons les glucides, éliminons les boissons sucrées, limitons les graisses, les huiles et le sel – idéalement avec l’aide d’un diététicien. Et surtout, pratiquons une heure d’exercice par jour. Dès l’adolescence, il est souhaitable d’effectuer chaque année une épreuve d’hyperglycémie provoquée ou un dosage de l’hémoglobine glyquée (HbA1c).
■ Quels ont été les principaux résultats de la conférence ?
La conférence a abouti à un ensemble de recommandations du Comité consultatif international pour faire face à la crise cardiovasculaire, rénale et métabolique à Maurice.
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L'édito
Quand nos enfants flirtent avec le diabète
C’est un cri d’alarme. Un avertissement sans filtre. «Si nous n’agissons pas maintenant, nous risquons de voir une génération où les parents survivront à leurs enfants», alerte, le Dr K. Pauvaday.
Ses mots ont la gravité d’une prophétie que l’on voudrait ne jamais voir s’accomplir. Car les chiffres qu’il avance sont sans précédent : 44 % des adolescents mauriciens présentent un prédiabète. Presque un sur deux. Ce n’est plus un problème de santé publique : c’est une urgence nationale.
Le prédiabète, c’est cette zone grise où le sucre dans le sang dépasse la normale sans franchir le seuil du diabète. Une frontière invisible mais décisive : dans 80 % des cas, elle conduit au diabète dans les cinq ans.
Cette condition, longtemps considérée comme une maladie d’adulte, s’invite désormais chez les adolescents. À Maurice, elle touche les garçons comme les filles, indistinctement, et bien plus tôt qu’ailleurs.
Dans le monde, la tendance est la même : aux États-Unis, un adolescent sur trois serait déjà prédiabétique. L’OMS parle d’une pandémie silencieuse ‒ celle qui ne fait pas les gros titres mais ronge les corps de l’intérieur, lentement, jusqu’à provoquer infarctus, AVC, cécité, insuffisance rénale, voire impuissance.
À l’échelle planétaire, elle coûte plus de mille milliards de dollars par an. À Maurice, elle engloutit déjà plus de 6,6 milliards de roupies.
Pourquoi nos jeunes ?
Parce qu’ils bougent moins. Parce qu’ils mangent trop mal. Parce qu’ils vivent dans un monde de vitesse, d’écrans et de tentations.
La science est claire : l’obésité multiplie par six le risque de diabète. Or, nos adolescents passent des heures devant leur téléphone, grignotant des produits ultra-transformés riches en sucre, en graisses et en sel. Le petit-déjeuner typique ‒ sandwich frit, jus industriel, chips ‒ devient un poison quotidien. À cela s’ajoute une sédentarité alarmante : moins d’un jeune sur cinq pratique une heure d’exercice par jour.
Ce n’est donc pas une fatalité génétique, mais un piège social et culturel. Celui d’une génération qui a troqué le ballon contre la manette, la salade contre le burger, la promenade contre le scroll infini.
Le Dr Pauvaday le répète : «Nous devons réinventer nos stratégies.» Il ne s’agit plus d’affiches fades dans les dispensaires, mais d’un changement de culture.
L’État doit agir avec le même courage politique qu’en 2006, lorsqu’il a interdit les fritures dans les cantines scolaires.
Mais l’effort doit aussi venir de la société tout entière : influenceurs, artistes, athlètes, enseignants ‒ tous peuvent devenir les relais d’une nouvelle hygiène de vie.
Le prédiabète est réversible. C’est la bonne nouvelle. Il ne condamne pas : il avertit.
Une alimentation équilibrée, moins de sucre et de gras, plus de légumes et de mouvement peuvent inverser la courbe, parfois en quelques semaines.
Chaque jeune devrait connaître son taux de glycémie comme il connaît sa moyenne scolaire. Chaque parent devrait voir dans le repas familial un acte de prévention, pas seulement de partage. Car ce qui est en jeu dépasse la santé individuelle : c’est la survie d’une génération.
Maurice a su vaincre le paludisme. Elle a su alphabétiser sa population. Elle peut, si elle le veut, vaincre cette nouvelle épidémie. Mais pour cela, il faut plus qu’un plan d’action : il faut une volonté collective, un sursaut de société.
Ce combat commence à table, dans nos cours d’école, dans nos cuisines, sur nos terrains de sport. Et surtout, il commence maintenant.

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